Vendanges 2025 contrastées en Champagne

« Des vendanges historiques« . « Une année millésimée« . L’optimisme était de vigueur avant le début de ces vendanges en champagne, y compris du côté du Comité Champagne. « Toutes les conditions sont réunies et laissent présager qu’un très bon millésime est à portée de main » déclarait ainsi à l’AFP le co-président du CIVC David Chatillon, allant jusqu’à déclarer « On ne peut pas rêver mieux, en quantité et en qualité« .

Les raisins désormais rentrés tout comme les écoliers, l’heure est à un premier bilan.

Oui, 2025 n’a heureusement rien à voir avec 2024 et permet d’effacer le traumatisme lié à une pression du mildiou historiquement élevée. Deuxième année la plus chaude depuis le début du siècle, son printemps a notamment pu laisser tranquille les ceps et les viticulteurs. La qualité est globalement au rendez-vous, même si la prise de degré historiquement rapide du mois d’août a largement devancé la maturité phénolique, compliquant le choix des dates de vendanges. Les pluies arrivées à la toute fin août et début septembre notamment dans l’Aube ont en effet fini par dégrader l’état sanitaire de Meuniers extrêmement mûrs.

Pas de quoi cependant parler d’année historique ni envisager un millésime pour la plupart des vignerons. Si le rendement cible de 9500 kg/ha a pu être atteint dans bon nombre d’exploitations, ce n’est pas le cas partout et la réserve, le plus souvent exsangue après 2024, n’a pas pu être reconstituée.

Les beaux Pinots, que nous avons pu vendanger chez Bernard Naudé à Charly-sur-Marne, laissent en tout cas espérer de jolies choses notamment pour le nouveau rosé de saignée du domaine. Une belle réussite à mettre à l’actif de Vincent.

Vendanges 2019 : changement d’ambiance

« Du jamais vu ». « Exceptionnel ». « De mémoire de vigneron, je n’ai jamais connu ça ». Les superlatifs ne manquaient pas à la fin des vendanges 2018, tant celles-ci parvenaient à allier qualité et quantité dans toute la champagne. De quoi permettre d’obtenir des vins clairs prometteurs, de justifier la production d’un nouveau millésime et de (re)constituer des réserves, quitte bien souvent à éliminer les précédentes.

2019 : la pourriture grise refait son apparition en champagne

Eh bien, l’ambiance est toute autre cette année. Si la sècheresse de l’été et les très bonnes conditions météo durant les vendanges étaient présentes, ce sont à peu près les seuls points communs entre les deux années. Le gel, la grêle, puis les épisodes de canicule (à l’origine de « coups de soleil » sur les baies notamment) et le botrytis n’ont pas épargné le vignoble, avec des volumes souvent plus de 2 fois inférieurs dans la vallée de la marne. Le quota de 10 200 kilos/hectare sera cette année loin d’être limitant pour de nombreux domaines. Surtout, l’élévation du taux de sucre a rarement été aussi décorrélée de la maturité phénolique et aromatique, obligeant les vignerons à plus se fier à leur palais qu’à leur réfractomètre, et amenant l’industrie sucrière à une crise de la demande (4 fois moins de chaptalisation sur la première fermentation dans certains domaines par rapport à 2018).

Au final, de nombreux vignerons annoncent paradoxalement une bien meilleure qualité pour cette récolte 2019 par rapport à 2018 sur la base des vins clairs. Le temps jugera.

Concernant celles que j’ai pu suivre, les vendanges en Val de Loire ont elles été bien différentes. Plus tardives, elles se sont déroulées dans une météo bien humide avec succession rapide d’averses quasiment chaque jour à partir de fin septembre. Les vignes correctement suivies et traitées ont eut le temps d’atteindre leur plein potentiel, pour le cabernet franc autour de la première semaine d’octobre avec une belle promesse pour le futur millésime 2019 à Bourgueil.

Cabernet franc encore sain début octobre à Saint Nicolas de Bourgueil

Mais la situation s’est rapidement dégradée ensuite. Certains vignerons, confrontés à des difficultés de recrutement de vendangeurs, se sont retrouvés piégés avec du raisin en piteux état. Dans tous les cas, les volumes dans la région vont ici aussi être environ moitié moindres que l’année dernière.

Chenin en piteux état en Touraine
Cabernet atteint par la pourriture grise à Chinon mi-octobre

Quelques nouvelles

Après une période d’interruption assez longue due à une escapade en Espagne et au Portugal à vélo (de belles rencontres et quelques articles à venir), je suis de retour en France pour honorer quelques collaborations avec plusieurs vignerons. Il ne faut jamais manquer de profiter de cette période bénie des vendanges dans l’hémisphère nord. Un évènement unique que tout le monde (et pas seulement les amateurs de vins) devrait vivre au moins une fois dans sa vie. Et qui devient vite un vrai rituel et un besoin. Bien plus que Noël !

Une surprise m’attendait toutefois dans la boîte aux lettres : les résultats à l’examen du WSET niveau 3. Beaucoup de choses à en dire…

Le nouveau monde

[Ancien papier réécrit suite au naufrage du billet initial] Pourquoi le monde du vin exerce-t-il un pouvoir de fascination aussi marqué ? Les réponses sont bien sûr multiples, mais l’une d’entre elles repose sur les hommes et les femmes. Derrière chaque domaine, œuvrent des personnalités souvent fortes dont les caractères, valeurs et croyances se retrouvent irrémédiablement dans leurs vins. Et on ne peut donc comprendre totalement ceux-ci sans aller à la rencontre du vigneron qui est derrière.

Ma première véritable expérience professionnelle dans la vigne a débuté dans une région proche de celle de mon enfance, à Marchampt, au cœur du Beaujolais.

Sur la route du Beaujolais

Philippe Santailler veille ici sur la vigne. Philippe ? Un savant assemblage de rigueur, de bienveillance et d’expérience. Qui comme tous les viticulteurs respectueux de la tradition, doit chaque année gérer le casse-tête de la période ô combien délicate des vendanges manuelles. Où toute une année d’efforts se joue sur quelques jours. Sur les caprices de la météo, du matériel ou des hommes. Aucun domaine n’échappe à cette règle.

C’est donc à ses côtés que j’ai pu faire mes premières vendanges. Avec le recul aujourd’hui, j’aurais difficilement pu espérer mieux. Affable mais surtout volubile, il a su partager avec moi ses connaissances, mais bien au-delà ses valeurs. Et achever de me convaincre de l’impérieuse nécessité de poursuivre mes pérégrinations d’œnophile.