Le petit tannique poursuit son tour d’Europe, direction le Portugal, un pays trop souvent résumé par les français aux Portos. Si certains d’entre eux constituent des vins majeurs dont le souvenir restera impérissable (nous y reviendrons une autre fois), ils ne constituent que la face émergée d’un iceberg qui présente une énorme diversité de vins et de cépages.
Mais une fois n’est pas coutume, nous avons voulu nous intéresser aux vins d’entrée de gamme que l’on retrouve souvent en format 1l voir en bag-in-box de 3 à 5l en supermarchés. Que valent-ils ? Nous avons acheté par curiosité un tel BIB de Capataz. A à peine 3€ le litre, nous avouons avoir été mus par un esprit un brin sadique, voir masochiste.
Mal nous en a pris. Certes, ce vin rouge n’est pas celui qui nous a transmis les plus grandes émotions de notre vie de dégustateur. En revanche, nous avons eu un plaisir immédiat à le déguster. Cet assemblage de syrah, aragonês et touriga nacional exprime des raisins murs, un fruité agréable et sans défaut et une matière intéressante. Beaucoup de vins nettement plus chers pourraient s’en inspirer, même si l’éternel débat sur les coûts de production ne peut être éludé.
Le petit tannique vous embarque aujourd’hui en République Tchèque, pays de grande tradition picratique puisque la vigne y a été plantée dès les romains. Principale région viticole, la Moravie située au sud-est du pays cumule quelques 20 000 hectares en production, à une latitude similaire au nord de l’Autriche. Logiquement réputée pour ses vins blancs, nous avons retenu ici une cuvée basée sur le cépage Tramín červený qui n’est autre que le gewurztraminer. Produit par Vinařství Krist avec une étiquette sans équivoque sur ses références divines, comment ces Tchèques ont-ils choisi d’interpréter l’exubérant cépage ?
Dans ce genre de situation, le plus gros chausse-trappe consiste à comparer, consciemment ou inconsciemment, ce vin à nos référentiels à la fois originels et ultimes : les meilleurs gewurztraminer alsaciens. L’entreprise de déconstruction ne se présentait pas sous les meilleurs auspices tant le nez rappelle la litchi et la rose. Toutefois en bouche, ce vin surprend par ses arômes de fumée, d’amandes et de golden, et son acidité marquée malgré les sucres résiduels bien perceptibles par ailleurs. A découvrir !
23 générations de vignerons, ça commence à causer ! De ses 3 domaines, la famille Bindi Sergardi a choisi pour cette cuvée son site historique d’I Colli (vers Monteriggioni), où de vieux ceps du célèbre sangiovese plongent leurs racines dans un sol calcaire dominé par le Giallo di Siena.
Achille, en IGP Toscane, est un vin que nous avons eu l’occasion d’acheter un peu par hasard. Bien qu’encore un peu sur la réserve dans ce millésime 2022, c’est un vin charmeur, gourmand et parfaitement équilibré, sur des arômes de prune, cerise noir et violette. Un bel accord a été trouvé sur une pizza quattro formaggi.
Chez Lepetitannique, nous avons toujours été frappés de constater à quel point bon nombre de nos compatriotes amateurs de vins n’accordaient, comparativement à ceux de tous les autres pays au monde, que peu d’intérêt aux vins étrangers. Entendons-nous bien : notre beau pays occupe une place sans équivalent dans le mundo del vino (quoi que toujours plus bousculée), et ce n’est pas nous qui allons la remettre en question. Mais, comme nous l’expliquions dans notre article sur le WSET, ignorer la formidable diversité des vins, des cépages et des vignerons qui bourgeonnent au-delà de nos frontières nous semble un tantinet réducteur pour ne pas dire ubuesque. En 2026 plus que jamais.
DMC organisait ce jour sa grande dégustation annuelle, un évènement que nous avons déjà salué. L’occasion de faire un tour de France du vin, mais pas que. Deux pépites nous ont bousculés.
Loin des stéréotypes des vins Sud-Africains bodybuildés et vanillés, Crystallum The Agnes, issus des chardonnays introduits dans le pays par Peter Finlayson mais vinifiés par ses fils à Walker Bay, est un assemble réussi de 5 vignobles. Vinifié en vendange entière, The Agnes est un vin ample, soyeux, avec une finale saline, qui nous a paru le plus séduisant de tous les vins blancs dégustés ce jour.
Quand aux rouges, c’est un vrai coup de coeur que nous avons eu pour une très belle expression du Nebbiolo, un cépage qui nous est cher et que nous avons pu travailler il y a quelques années. Vinifié par un américain devenu fou des Barolo et fâché avec le parcellaire, Alan Manley, le Langhe (2023 toujours) « Margherita Otto » est un vin qui surprend par sa finesse et son élégance, évoquant plus un Barolo qu’un Langhe. Subtilement infusé et toujours équilibré, c’est une belle découverte que nous vous recommandons chaudement.
L’interprofession des vins du Roussillon organisait cette semaine un évènement exceptionnel autour des vieux millésimes de vins doux naturels, auquel nous avons eut l’honneur de participer. De sacrés flacons étaient présents, vieux de parfois plus d’un siècle, pour une vraie leçon d’histoire, de géographie et d’œnologie à son meilleur. Si les vins issus du style oxydé révèlent une opulence flatteuse et irrésistible, une constatation s’impose : les Rivesaltes ambrés et tuilés étaient ce jour ceux qui goûtaient le mieux avec notamment celui du Domaine Puig, millésime 1914 (!), avec en bouche un assemblage improbable de velours et d’épices. Plus accessibles, les Rivesaltes Ambrés de Terrassous (1995 à 1974) s’expriment sur un tout autre registre, avec moins d’acidité et de superbes notes d’ananas rôti et de chocolat noir.
Mention spéciale pour le Rivesaltes Ambré 1936 Arnaud de Villeneuve, dont le nez dominait la dégustation, et l’intensité exceptionnelle de ces saveurs d’amandes torréfiée, noix et cacao. Un luxe tarifé très sagement, à seulement 200 € la bouteille de 50 cl. Bravo !
Premiers importateurs de vin de Madère, les Français maîtrisent en réalité assez peu ses subtilités, et l’assimilent souvent au Porto. Outre les grandes différences de styles, le vin de Madère s’éloigne surtout de ce dernier par son élaboration. Si tous les Portos sont des vins mutés (fermentation stoppée après 24-36 heures par ajout d’aguardente à 77% maximum), ils sont par ailleurs tous doux et ils suivent un élevage classique, soit en cuve inox ou très grand contenant en chêne (Ruby), soit en élevage oxydatif prolongé en pipe (Tawny).
A l’inverse, les vins de Madère sont pour certains secs. Ils sont en effet fortifiés via alcool vinique à 96% afin de moins diluer le jus et ne pas apporter d’autres arômes, soit en cours de fermentation, soit après, afin d’exclure tout sucre résiduel. A partir de là, 2 élevages sont possibles. Soit le vin est placé dans des cuves inox chauffées entre 45 et 50°C pendant au moins 3 mois, reproduisant la chaleur des cales des navires qui ramenaient au XVIIème siècle le Vinho Da Roda en passant par les tropiques (Estufagem). Soit le vin est simplement placé dans des fûts logés sous les toits pendant un minimum de deux ans, pour subir donc un vieillissement oxydatif boosté (Canteiro). Contrairement à ce qu’on pourrait penser à la dégustation, le vieillissement biologique (voile de levures à l’origine du fameux acétaldéhyde) n’intervient donc pas malgré des arômes tertiaires parfois proches sur certains vins.
A la dégustation, ces vins se singularisent surtout par leur grande diversité. Entre un Verdelho 1981 de Henriques & Henriques avec ses 9,5g d’acidité qui le rend très amer malgré ses 68g de sucre résiduel et que l’on n’imagine pas en-dehors d’un repas lui aussi chargé, et un Malvasia 20 anos de H.M. Borges qui s’apprécie pour lui seul en splendide vin de méditation, il y a un monde. Autant de spécificités et de diversité au sein d’un vignoble ne dépassant pourtant pas les 443 hectares force l’admiration. Des vins à redécouvrir pour les amateurs de riches arômes et saveurs de noix, cacao, café, tabac, muscade, caramel…
Votre serviteur s’est lancé il y a 2 mois dans la joyeuse aventure de la formation WSET, niveau 3. Il y a beaucoup à en dire et à faire, et cela devrait d’ailleurs faire l’objet de publications en dehors de ces colonnes. Mais l’aventure est donc doublement chronophage, d’où un rythme de publication plus lent ces derniers temps. A très vite !
Depuis 2011, l’ambassade d’Argentine célèbre la journée mondiale du malbec, en commémoration du 17 avril 1853, date du projet de loi pour la fondation d’une Quinta viticole (gérée par l’agronome français Michel Pouget). Considérée comme la naissance de la filière viticole argentine, cette date marque également le début de l’implantation du malbec dans la région de Mendoza.
Le cépage, fer de lance des exportations argentines, est ainsi fêté dans une soixantaine de pays à l’initiative des acteurs argentins. Un sacré paradoxe. Rappelons en effet que le malbec (connu sous le nom d’auxerrois et cot) est un cépage français, dont l’origine est attribuée à la bourgogne, et qui a essaimé dans le val de Loire et surtout à Bordeaux dans la période pré-phylloxérique. Bien qu’en régression, on le retrouve aujourd’hui dans le Languedoc et le Sud-Ouest, et il demeure surtout le cépage essentiel de Cahors, pourtant absent de cet événement.
150 ans après Michel Pouget, le malbec couvre 25 000 hectares en Argentine et en est devenu l’emblème pour les rouges, à l’instar du torrontés pour les blancs. Comment la vigne peut-elle s’épanouir dans un pays si proche de l’équateur, doté de terres désertiques et sèches ? Tout d’abord grâce à l’altitude, la majorité des vignobles s’établissant entre 600m et jusqu’à plus de 3000m. Ensuite grâce à l’irrigation, naturelle lorsqu’elle provient des rivières descendant des montagnes, mais le plus souvent artificielle via le goutte à goutte. Les raisins sont donc sains et souvent proches de la certification biologique. D’autres risques demeurent, notamment la grêle à Mendoza, obligeant certains producteurs à investir dans des filets.
Dans ces conditions, le malbec produit des vins intensément colorés et charpentés, avec des notes de fruits noirs, et des tannins qui appellent un vieillissement en chêne, lui conférant des saveurs épicées. Ce qui frappe surtout lors du salon organisé ce lundi 8 avril, c’est la forte diversité d’expression des vins issus de ce seul cépage. L’altitude joue un rôle capital : avec elle, diminue le côté charpenté, et s’exacerbe l’élégance, les arômes frais et floraux, et la douceur des tannins. Les nuits fraîches préservent l’acidité et les saveurs de fruits frais des raisins, et les vins présentent parfois des notes florales, notamment dans la vallée de l’Ucco, avec le fameux Chacayés de Piedra Negra, qui dans son millésime 2008 se révèle complexe, ample, frais, extrêmement équilibré quoi qu’encore un peu fermé.
Moins connu, probablement à tort, le Single Vineyard Las Compuertas (parcellaire) de Terrazas de los Andes m’a fait forte impression. Issu de la région de Lujan de Cuyo, à 1067m d’altitude, ce 2014 qui a passé 18 mois en barriques de chêne neuf (français) présente des tannins déjà veloutés, soyeux. Le nez est opulent mais précis sur la mûre, les fraises confites, le poivre noir et la cannelle. En bouche, rondeur, concentration et une certaine sucrosité, mais avec pointe d’acidité en font une superbe gourmandise.
Autre vin mémorable : Nosotros, de Susana Balbo. Issu de la vallée d’Uco, ce 2013 présente au nez les épices apportées par le chêne, mais aussi la lavande, la réglisse et les fruits noirs. Très puissant, long, il paraît cependant encore fermé, mais promis à un bel avenir.
Réaliser une dégustation en compagnie d’un sommelier symbolise un moment magique. Confronter ses propres ressentis avec ceux d’un expert est toujours riche d’enseignements. L’analyse en est approfondie, la complexité de certains vins mieux décryptée, le jugement affiné. Mais au-delà de l’aspect technique, les meilleurs sommeliers sont doués de qualités humaines hors-normes. Un assemblage de bienveillance, de volonté de partage, d’ouverture et d’amour fondamental pour les gens tout autant que pour les vins. Des qualités qui vous font vous sentir érudit à leur contact et soudainement plus compétent que vous ne l’êtes réellement. Un sentiment rare et précieux.
J’ai eu le privilège de vivre un tel instant récemment. C’était lors d’une masterclass intitulée « Grands vins rouges septentrionaux et méridionaux : quelles évolutions au fil du temps ? », présidée par Philippe Faure-Brac et commentée également par ses acolytes de l’Union de la Sommelerie Française. Les six vins remarquables qu’il avait sélectionné ce jour-là :
Mercurey 1er Cru Clos du Roy 2016, Maison Chanzy : gourmand et abordable, ce rouge présente déjà une bouche fondue et un côté salin synonyme de terroir.
Chinon Baudry-Dutour Château La Grille 2015 : un 100% cabernet franc gourmand et complexe dont l’acidité lui promet un bel avenir.
Châteauneuf-du-Pape Cuvée des Générations Gaston Philippe 2012, Château de La Gardine : une aromatique incroyable pour ce vin issu de vignes centenaires (grenache, syrah, mourvèdre), mon préféré de la sélection.
Minervois-La-Livinière Cuvée réserve 2016, Château de Gourgazaud : un nez splendide, solaire et intense sur la griotte, une bouche vive et profonde.
Bandol La Bastide Blanche 2016 : du fruit, de la texture, des tanins pas encore assouplis mais un bel hommage au mourvèdre, majoritaire.
Crozes-Hermitage Cuvée les Châssis 2017, Domaine Hauts Châssis : plus vif, ce 100% syrah issu d’un terroir de diluvium Alpin est sur le moka, la muscade, la violette, et le cassis; il présente une des plus grandes qualités pour un vin, la fraîcheur qui donne toujours envie d’y revenir.
J’ai eu la chance de participer le mois dernier au salon du concours FIWA regroupant les vins primés notamment par des dégustateurs chinois. Organisé par Olivier BOUCHE, président de la prestigieuse Compagnie des Courtiers Jurés-Experts Piqueurs de Vins de Paris, ce bel événement fut l’occasion de rassembler des vins du monde entier, avec une assez bonne présence chinoise. Une première pour votre serviteur.
Quel goût a le vin chinois ? L’honnêteté m’oblige à reconnaître que, dégusté en aveugle, le pays d’origine du vin serait resté insoupçonné. Bon nombre de ceux présents et primés, à l’instar de Ho-Lan Soul, s’inspirent en effet largement des méthodes bordelaises, que ce soit au niveau des cépages cultivés (cabernet franc, cabernet sauvignon, syrah, …), des vinifications ou des élevages. Et si le résultat est très lisible et sans défaut, on regrette tout de même cette uniformisation des vins et du goût.
Contrairement aux préjugés, la Chine dispose d’une certaine ancienneté en matière viticole : les premières vignes remonteraient à l’empereur Wudi, en 138 avant J-C. Et si le climat continental se révèle problématique avec des hivers très froids et les moussons, l’immensité du pays offre des terroirs très divers. Surtout, les cépages autochtones existent (Long yan « œil du dragon », « cœur de coq », etc.) mais restent peu mis en avant. En termes de volume, rappelons que la Chine est le premier producteur mondial de raisin avec 19% de la production, et le 6ème producteur de vin.
Certes, le goût du consommateur chinois moyen se porte plutôt vers des vins rouges doux, souvent coupés à la dégustation, comme dans certains pays du nouveau monde. Mais le goût du dégustateur français ou européen doit-il être considéré comme le mètre-étalon ? Une question qui doit rester cœur de tout concours international, 7 années après la mascarade du concours « Bordeaux contre Ningxia ».