Quelques nouvelles

Après une période d’interruption assez longue due à une escapade en Espagne et au Portugal à vélo (de belles rencontres et quelques articles à venir), je suis de retour en France pour honorer quelques collaborations avec plusieurs vignerons. Il ne faut jamais manquer de profiter de cette période bénie des vendanges dans l’hémisphère nord. Un évènement unique que tout le monde (et pas seulement les amateurs de vins) devrait vivre au moins une fois dans sa vie. Et qui devient vite un vrai rituel et un besoin. Bien plus que Noël !

Une surprise m’attendait toutefois dans la boîte aux lettres : les résultats à l’examen du WSET niveau 3. Beaucoup de choses à en dire…

Que valent les médailles du concours des vignerons indépendants ?

Comme chaque année au mois de mars, l’espace Charenton est le théâtre du concours des vignerons indépendants, depuis que celui-ci a choisi de devenir francilien. Moins d’un mois donc après le concours général agricole.

Bien que présentant des similitudes de par son ampleur, la globalité de son organisation et une popularité certaine de ses médailles chez les amateurs (sans toutefois égaler l’impact de la feuille de chêne chez les néophytes), les différences apparaissent vite. Dans la grille d’évaluation, plus précise et exigeante. Dans la notation, avec une note finale déterminée en une seule fois et pour elle-même, et non en additionnant 4 notes séparées (œil / nez / bouche / synthèse). Dans le choix du verre, Open’Up de C&S, donnant un supplément d’expression aux vins généralement jeunes évalués, par rapport au (trop) technique INAO. Dans l’évaluation individuelle faite de chaque juré, sur QCM et échantillon témoin (non éliminatoire, il permet d’établir une hiérarchie). Dans le nombre de jurés autour de chaque table, entre 3 et maximum 4 contre 3 à 6 pour le CGA.

Mais c’est surtout au niveau du jury qu’elle est la plus flagrante. Ici, très rares sont les professionnels, vignerons, commerciaux ou cavistes. L’écrasante majorité des juges est constituée d’amateurs œnophiles, ceux que l’on retrouve dans les allées des salons regroupant les adhérents du syndicat. Mais pas celle du dimanche après-midi.

Et ici, dans les recoins tamisés de la salle Ariane, les vieux briscards fustigent volontiers les « TGV bourrés de vignerons bordelais qui montent à Paris donner des médailles à leurs copains d’en face lors du CGA », et l’éviction nécessaire mais toujours latente d’un certain nombre de producteurs. Ambiance.

Reste, pour mon expérience personnelle cette année, un bémol. Passe encore de devoir enchaîner 2 séries de vins à noter lors d’une même session. Le nombre d’échantillon total, modéré (inférieur à 15), le permettait. Passe encore de terminer la première série sur un moelleux, pour ré-attaquer la seconde sur des vins blancs secs. Même si les palais présents autour de la table ce jour-là n’avaient pas tous la même endurance ni la même aptitude au discernement. Mais qu’il soit demandé à ces mêmes palais non professionnels de hiérarchiser au sein d’une même série des vins secs, demi-secs et doux, avec des variations de cépages mais aussi de millésimes, défie quelque peu les règles de l’équité. Car une telle répartition aura toujours tendance à favoriser le sucre résiduel, souvent perçu comme plus flatteur dans les catégories des vins les moins complexes. A l’origine de cette mixité, la probable volonté de regrouper avant-tout les vins d’une même appellation et le manque d’effectif suffisant dans les plus petites pour séparer chaque sous-catégorie. Compréhensible. Mais il me semble que certains vins médaillés ce jour-là l’ont un peu été par défaut, sans toutefois démériter. Ou à l’inverse n’ont pas obtenu la reconnaissance aussi haute qu’ils le méritaient.

Déguster à l’aveugle

Interrogé en 2012, le regretté Gérard Basset (meilleur sommelier du monde 2010) disait ceci : « La dégustation à l’aveugle est une discipline extrêmement difficile. J’en ai fait des centaines et des centaines, j’ai dégusté plus de 4 000 vins à l’aveugle, malgré tout c’est comme le golf : il y a des jours où tout va bien et, la semaine d’après, tout va de travers. Bien sûr, il y a des vins très typés que l’on reconnaît, mais trouver, à l’aveugle, le cépage, la région et à peu près le millésime, c’est du folklore. »

D’une difficulté ubuesque lorsqu’on lui associe l’exigence de déterminer tous ces détails, il serait cependant dommage de réduire cet exercice au juge de paix qu’il constitue dans les concours et examens les plus sévères. Déguster en aveugle, c’est avant tout faire appel à ses cinq sens, et en exiger le maximum d’information. Scruter le précieux liquide pour essayer de déceler les premiers indices, les éventuels défauts, la maturité. Plonger son nez dans le verre et se transporter dans un jardin, un marché, une forêt. Y retourner après aération avec beaucoup plus d’intensité, de détails, de nouveautés. Enfin, entrer en contact avec le jus pour écouter l’histoire racontée par le vigneron, « goûter de suaves secrets » comme disait Dalí.

Bien sûr, un minimum d’expérience et de mémoire permet d’aller vers le processus d’identification, d’ajouter une dimension supplémentaire à l’aspect ludique et sensuel. Mais n’importe quel néophyte tirera du plaisir à déguster à l’aveugle, quel que soit le flacon.

Quelques flacons récemment bus en aveugle avec la Compagnie des Courtiers Jurés-Experts Piqueurs

Que valent les médailles du Concours Général Agricole ?

Le monde du vin est marqué par un curieux paradoxe. Un de ceux que notre pays affectionne tant.

D’un côté, la profession s’organise pour mettre en place différents concours, dans le but de promouvoir l’excellence de la production, valoriser les vignerons méritants et guider les consommateurs dans leurs choix, sur le seul critère du goût – le protocole de dégustation en aveugle étant généralisé. Ces initiatives sont bien acceptées et reconnues : 70% des français se disent par exemple prêts à payer plus pour un vin médaillé par le Concours Général Agricole.

De l’autre, les esprits chagrins. Quelques titres de la presse spécialisée fustigent parfois les faiblesses de certains concours, comme le pourcentage de médailles attribuées (atteignant parfois les 70%, hors de France seulement) ou le fait que seuls les producteurs faisant la démarche (payante) de présenter leurs produits peuvent être médaillés. Et que les plus reconnus, ou ceux des appellations n’ayant pas besoin de ce coup de pouce, voir ayant beaucoup à y perdre, s’y refusent donc. Une critique émanant d’une presse qui met par ailleurs en avant ses propres notes et sélections, résultant d’une dégustation limitée à quelques journalistes – parfois un seul, supposé avoir le goût absolu.

D’autres associations de consommateurs, tels 60 millions en février 2015, où l’UFC Que Choisir en septembre dernier, pointent du doigt l’absence de différence entre les produits primés et ceux qui ne le sont pas, sur la base de protocoles douteux (nombre de vins témoins, composition du jury et définition du protocole notamment). Là encore, pour mieux valoriser leurs propres comparatifs.

Si la solution idéale n’existe pas, chacune a ses avantages et inconvénients. Le Concours Général Agricole, dont l’édition 2019 s’est tenue fin février (et à laquelle l’auteur de ces lignes a pris part pendant 4 jours), repose à mes yeux sur 3 piliers.

D’abord son obsession pour l’impartialité : les échantillons ne sont pas envoyés par les producteurs mais prélevés au hasard dans les stocks, et la concordance des vins médaillés avec les échantillons de test est contrôlée après commercialisation. C’est à ma connaissance le seul concours à procéder de la sorte, alors que ce point me paraît capital vu les enjeux. La répression des fraudes pointait du doigt en 2007 que 20% des vins analysés, médaillés lors des concours, ne correspondaient pas à ceux évalués.

Le taux de médaillés est un des plus faibles : moins de 25 % des vins présentés le sont. Aucune obligation de décerner des médailles n’est faite, et la souveraineté de chaque table dans ses choix est totale. En outre, aucun professionnel ne présentant un échantillon ne peut faire partie du panel chargé d’évaluer la série dont il fait partie.

Les dégustations se font à l’aveugle, avec l’impossibilité de connaître l’origine de l’échantillon (y compris après publication des résultats). Les commissaires poussent le professionnalisme jusqu’à servir au verre les vins dont la forme de la bouteille pourrait donner un indice sur son producteur.

Ensuite, son exhaustivité, avec la présence de pas moins de 17 000 vins issus d’environ 3750 producteurs. Le nombre de catégories étant réduit (les appellations les plus prestigieuses, les crus classés sont absents), le nombre d’échantillon mis en concurrence est plus significatif que dans bien d’autres concours.

Enfin, la mixité des tables de jurés, qui regroupent producteurs de l’appellation jugée, professionnels le commercialisant, et amateurs formés. Chaque partie prenante est ainsi représentée, et là où certains crient au scandale face à la présence de non professionnels, l’expérience tend à montrer que leur présence participe au contraire à la qualité des délibérations. Là où la profession a parfois tendance à mettre exagérément en avant des vins prometteurs mais encore fermés, complexes mais austères, au profil tannique caractéristique d’une tradition parfois surannée ou de ses préférences personnelles, à s’appesantir sur un discret arôme caractéristique d’une technique de vinification peu appréciée, ou tout simplement peut être tentée de favoriser le vin identifié comme celui d’un domaine ami. L’amateur pourra faire valoir la gourmandise, l’accessibilité, la rondeur, et le plaisir immédiat. Or, quel est le rôle premier de ces médailles, si ce n’est guider le consommateur parfois perdu dans les étals de son caviste, voir de son supermarché, et qui n’est pas forcément lui-même un œnophile confirmé (qui dans ce cas saura très bien faire ses achats sans considération pour une quelconque distinction) ? N’oublions pas que le prix moyen des vins présentés lors des concours ne les classe pas parmi l’élite.

Mon expérience au cours de ces 4 journées n’a d’ailleurs pas fait ressortir d’opposition fratricide. La première étape, reposant sur une dégustation individuelle, méthodique et silencieuse, faisant assez facilement émerger un consensus. La hiérarchie établie par les uns et les autres se rejoignait très souvent. Les délibérations portaient plus sur la couleur des médailles à attribuer.

A titre personnel, je n’ai pas souvenir d’avoir été déçu par la dégustation d’un vin médaillé par le CGA, une fois considéré sa catégorie et son prix.

Concours FIWA des vins chinois

J’ai eu la chance de participer le mois dernier au salon du concours FIWA regroupant les vins primés notamment par des dégustateurs chinois. Organisé par Olivier BOUCHE, président de la prestigieuse Compagnie des Courtiers Jurés-Experts Piqueurs de Vins de Paris, ce bel événement fut l’occasion de rassembler des vins du monde entier, avec une assez bonne présence chinoise. Une première pour votre serviteur.

Quel goût a le vin chinois ? L’honnêteté m’oblige à reconnaître que, dégusté en aveugle, le pays d’origine du vin serait resté insoupçonné. Bon nombre de ceux présents et primés, à l’instar de Ho-Lan Soul, s’inspirent en effet largement des méthodes bordelaises, que ce soit au niveau des cépages cultivés (cabernet franc, cabernet sauvignon, syrah, …), des vinifications ou des élevages. Et si le résultat est très lisible et sans défaut, on regrette tout de même cette uniformisation des vins et du goût.

Contrairement aux préjugés, la Chine dispose d’une certaine ancienneté en matière viticole : les premières vignes remonteraient à l’empereur Wudi, en 138 avant J-C. Et si le climat continental se révèle problématique avec des hivers très froids et les moussons, l’immensité du pays offre des terroirs très divers. Surtout, les cépages autochtones existent (Long yan « œil du dragon », « cœur de coq », etc.) mais restent peu mis en avant. En termes de volume, rappelons que la Chine est le premier producteur mondial de raisin avec 19% de la production, et le 6ème producteur de vin.

Certes, le goût du consommateur chinois moyen se porte plutôt vers des vins rouges doux, souvent coupés à la dégustation, comme dans certains pays du nouveau monde. Mais le goût du dégustateur français ou européen doit-il être considéré comme le mètre-étalon ? Une question qui doit rester cœur de tout concours international, 7 années après la mascarade du concours « Bordeaux contre Ningxia ».

Meilleur Gamay du Monde 2019

Il y a quelques jours avait lieu le traditionnel concours du meilleur gamay du monde à Lyon. Un concours à vocation mondial car si le gamay reste majoritairement cultivé dans le Beaujolais, 20 % de sa production se fait hors de France. Bien que n’ayant pu participer à cette édition, le gagnant de la récompense ultime (le meilleur des médailles d’or) a été attribué à Franck Chavy pour la cuvée Fût de Chêne de son Morgon 2017 (sur la parcelle Corcelette). Un vin que j’ai eu la chance de déguster dans son millésime 2015 il y a un an (et qui avait lui aussi remporté une médaille d’or mais pas le trophée), au salon des vignerons indépendants de porte de Versailles. Profond et gourmand, il m’avait marqué comme le meilleur cru de Beaujolais présent sur cet énorme salon.

Selon le concours :

« Le Meilleur Gamay du monde 2019 prend ses racines sur les sols composés de sable, de roche et de gore du lieu-dit « Corcelette », un des 7 grands terroirs historiques du Cru Morgon. 2017 est un millésime précoce, sec et chaud au même titre que 2015, l’année de la dernière cuvée gagnante du concours en 2018. Franck Chavy signe ici une cuvée représentative de ce que l’on fait de meilleur en Beaujolais grâce à des conditions climatiques et un terroir exceptionnel mais par-dessus-tout grâce à la persévérance de ce perfectionniste dans l’âme. Macérations longues (20 jours), élevage en trois volumes de fûts de chêne différents (500L, 215L & 350L) : Toute la créativité de ce technicien passionné s’exprime dans ce Morgon 2017. Ici, le Gamay est réellement mis en valeur par un élevage subtil. Résultat : Des arômes de petits fruits noirs précédant des notes d’épices (anis sauvage, poivre, moka) qui ont su charmer les dégustateurs du jury. Prix de vente au caveau : 19€50. »